IA : pourquoi s’opposer à leur utilisation en entreprise ?

1 employé sur 2 ignore que ses données professionnelles peuvent être aspirées par une IA sans qu’il ne s’en rende compte, même quand tout semble fonctionner normalement. La législation européenne interdit le traitement automatisé de données personnelles sans consentement explicite, même au sein des entreprises. Pourtant, certaines plateformes d’intelligence artificielle continuent d’aspirer les informations des collaborateurs à leur insu, contournant parfois la vigilance des services informatiques.

Des salariés voient leurs échanges confidentiels analysés et stockés à leur insu, exposant ainsi des secrets industriels ou des données sensibles. Cette utilisation détournée soulève des risques concrets pour la vie privée et la sécurité des organisations, qui peinent à contrôler la diffusion et l’exploitation de ces données.

Pourquoi l’intelligence artificielle soulève-t-elle des inquiétudes sur la protection des données en entreprise ?

L’arrivée massive des outils d’intelligence artificielle, ChatGPT, Gemini, Copilot, s’accompagne d’une collecte continue de données issues du quotidien des salariés. Que ce soit dans un simple mail ou un rapport interne, ces modèles d’intelligence artificielle se nourrissent d’informations professionnelles parfois sensibles. On dépasse ici la seule question de la confidentialité : la capacité à assurer la protection des données vacille alors même que la distinction entre sphère privée et vie au travail s’efface peu à peu.

En coulisse, la shadow IA prend de l’ampleur. Des collaborateurs, sans feu vert de leur hiérarchie, testent des solutions d’intelligence artificielle en entreprise échappant à toute supervision. Les équipes informatiques perdent la main sur ce qui circule et peinent à mesurer l’impact réel sur la cybersécurité. Ce n’est plus seulement la fuite accidentelle qui menace : les données personnelles deviennent une matière première pour l’entraînement algorithmique, souvent à l’insu des premiers concernés.

Trois interrogations majeures émergent dans ce contexte :

  • Utilisation des données : quelle traçabilité lors de leur transfert vers des serveurs distants ?
  • Protection des données : qui contrôle les accès et qui répond en cas de violation ?
  • Confidentialité : comment empêcher l’exfiltration d’informations sensibles via des outils automatisés ?

Face à la diversité des modèles d’intelligence artificielle et à l’opacité de leurs mécanismes, établir des garde-fous s’avère complexe. Parfois, un simple prompt envoyé à une interface peut suffire à créer une brèche. Plus les points d’entrée se multiplient, plus la surface d’exposition s’étend, fragilisant encore la protection des données.

Comprendre vos droits face à l’utilisation de vos données personnelles par l’IA

La collecte et le traitement des données personnelles par des outils d’intelligence artificielle sur le lieu de travail ne s’effectuent pas sans garde-fous. Le règlement général sur la protection des données (RGPD) fixe des limites : chaque salarié dispose d’un droit d’opposition à l’utilisation de ses informations pour toute finalité non directement liée à son contrat. De son côté, l’employeur doit pouvoir démontrer l’utilité, la proportionnalité et la légitimité de l’utilisation des données personnelles.

La CNIL surveille activement ces pratiques. L’intelligence artificielle en entreprise reste sous la coupe du régulateur du droit numérique. Des droits concrets sont à faire valoir : accès, rectification, effacement, portabilité. Il devient possible, et recommandé, d’exiger la traçabilité des traitements opérés par les algorithmes. Rien ne justifie une réutilisation des données personnelles sans clarté ni loyauté sur les intentions.

Voici les leviers à activer pour défendre vos intérêts :

  • Droit d’opposition : refusez l’intégration de vos données personnelles dans des bases d’entraînement sans consentement.
  • Droit à l’information : exigez la transparence sur les finalités poursuivies par l’employeur.
  • Protection des données RGPD : sollicitez des explications, alertez la CNIL si nécessaire.

Redoubler d’attention reste nécessaire. Le code du travail offre une protection réelle contre les usages abusifs. L’intelligence artificielle ne saurait s’affranchir des droits attachés à la vie privée et au respect des personnes.

Risques concrets : comment l’IA peut impacter la vie privée et les libertés au travail

L’essor des outils d’intelligence artificielle modifie en profondeur les pratiques professionnelles. Derrière le gain de productivité affiché, la collecte massive de données personnelles va bien au-delà des échanges avec la direction ou les RH. Désormais, les modèles d’intelligence artificielle captent les courriels, décryptent les conversations sur les plateformes collaboratives, analysent les rythmes et modes de travail, dressant un portrait détaillé de chacun.

Cette tendance fait naître des inquiétudes. L’automatisation des tâches, la réutilisation des données personnelles pour l’entraînement d’algorithmes, ou la tentation du scoring individuel banalisent une forme d’intrusion dans la vie privée au travail. L’usage de ChatGPT, Gemini ou Copilot s’accompagne d’une collecte invisible de signaux faibles et expose à des biais algorithmiques, voire à des décisions automatisées difficiles à contester.

Trois dérives se dégagent particulièrement :

  • Biais algorithmique : reproduction et amplification des discriminations existantes.
  • Remplacement de salariés : automatisation de la prise de décision, réduction du contrôle humain.
  • Réutilisation invisible des données : extraction de données issues des échanges quotidiens, sans consentement explicite.

La vigilance syndicale et la mobilisation des représentants du personnel ne suffisent plus à freiner la dissémination de ces dispositifs. Ce qui est en jeu : une frontière de plus en plus floue entre vie privée et activité professionnelle, et, plus insidieusement, l’avènement d’un climat de surveillance qui mine la confiance au travail.

Jeunes professionnels en réunion dans une salle vitrée

Des solutions accessibles pour reprendre le contrôle sur ses données en milieu professionnel

La gouvernance des données ne peut plus se limiter à de grands principes affichés. Alors que les outils d’intelligence artificielle s’installent dans le quotidien des entreprises, chaque salarié doit pouvoir compter sur des mesures concrètes pour défendre la confidentialité de ses échanges, limiter la circulation de ses informations et garder la main sur ses données personnelles.

Un premier pas consiste à débattre et adopter des chartes d’utilisation précises. Ces documents, révisés régulièrement pour suivre les évolutions technologiques, définissent clairement ce qui peut ou non être confié à des applications comme Gemini ou Copilot. Ce cadre fixe la transparence et la responsabilité de tous, tout en rappelant le rôle clé des représentants du personnel dans le suivi de ces usages.

L’intégration d’outils de Data Loss Prevention (DLP) apporte une sécurité supplémentaire. Ces technologies, installées au cœur du système d’information, surveillent les flux de données, empêchent l’exportation non autorisée de documents stratégiques et alertent en cas de fuite potentielle. La CNIL recommande de nommer un référent dédié à la protection des données, chargé d’accompagner les utilisateurs et de veiller à la conformité RGPD.

Plusieurs leviers d’action renforcent ce dispositif :

  • Mettre en œuvre des formations régulières sur les risques liés à l’utilisation des applications d’IA.
  • Consulter systématiquement les représentants du personnel lors du déploiement de nouveaux outils.
  • Vérifier la compatibilité des solutions utilisées avec les exigences du règlement général sur la protection des données (RGPD).

Des formulaires dédiés permettent également aux salariés d’exercer concrètement leur droit d’opposition à la réutilisation de leurs informations. Encadrer l’usage des réseaux sociaux professionnels, Meta, Instagram, WhatsApp, complète ce dispositif et réduit le risque de dissémination involontaire de données personnelles.

Face à la montée en puissance de l’IA en entreprise, le réflexe de vigilance collective s’impose. Rester maître de ses données, c’est s’assurer que la technologie reste un outil, jamais un passe-droit sur nos libertés.

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